Apple a longtemps résisté à l’idée d’ouvrir ses produits à des modèles d’intelligence artificielle tiers. En janvier 2026, Bloomberg a confirmé ce qui n’était jusque-là qu’une rumeur : l’entreprise a bien négocié avec Anthropic pour faire tourner Siri sur Claude, avant que l’accord ne s’effondre sur la question du prix. Apple a fini par signer avec Google. En interne, pourtant, Claude reste omniprésent.
Pourquoi ce changement chez Apple ?
L’intérêt d’Apple pour l’intelligence artificielle tierce répond à une faiblesse assumée en interne : l’entreprise sait que ses propres modèles n’arrivent pas au niveau de ceux d’OpenAI, de Google ou d’Anthropic. Dans un marché où l’innovation détermine les parts de marché, suivre les tendances ne suffit plus, il faut les anticiper. Apple a longtemps préféré développer ses propres outils en vase clos ; cette dépendance nouvelle à des modèles tiers rompt avec cette habitude.
Ce n’est pas qu’une réaction aux mouvements des concurrents. Apple prépare une version de Siri, nom de code Glenwood, où l’assistant ne se contente plus d’exécuter une commande, mais anticipe une partie des besoins de l’utilisateur.
Un partenariat stratégique : l’exemple de Claude d’Anthropic
Apple s’est réellement intéressé à Claude pour propulser Siri. Selon Mark Gurman, l’entreprise a négocié avec Anthropic avant de se tourner vers Google : Anthropic aurait réclamé plusieurs milliards de dollars par an, avec un doublement annuel prévu sur trois ans, un montant qu’Apple a jugé disproportionné face au milliard de dollars annuel évoqué pour le deal Gemini, selon un rapport du Financial Times relayé par AppleInsider.
Ce scénario ne s’est pas concrétisé pour le grand public. Il s’est concrétisé ailleurs, chez les équipes qui construisent les produits Apple au quotidien.
Quels bénéfices pour les développeurs et les consommateurs ?
Pour les développeurs d’Apple eux-mêmes, l’intégration de Claude est déjà une réalité. Gurman précise que Claude fait tourner une bonne partie du développement produit et des outils internes de l’entreprise, du refactoring de code aux suggestions de copy pour les interfaces, en passant par l’automatisation de certaines revues de sécurité.
Côté grand public, c’est Gemini qui portera le prochain Siri. Les appareils ne se contenteront plus d’exécuter des commandes : ils devront comprendre le contexte et ajuster leurs suggestions aux habitudes de l’utilisateur. La promesse reste la même, seul le fournisseur du modèle a changé.
Claude au service du développement interne d’Apple
Claude se distingue par ses capacités de code et d’action autonome, ce qui expliquerait pourquoi les équipes internes d’Apple l’utilisent plutôt que ChatGPT pour une bonne partie du développement, selon les propos de Gurman rapportés par Cult of Mac. Cette préférence technique n’empêche pas Apple de garder OpenAI dans la boucle ailleurs : ChatGPT alimente déjà certaines fonctions d’Apple Intelligence et le bundle Creator Studio.
Le bénéfice n’est pas que financier. En s’appuyant à la fois sur Claude en interne et sur Gemini pour Siri, Apple limite sa dépendance à un seul fournisseur. Cette prudence pèse sur un terrain où l’entreprise a pris du retard ces dernières années face à Google et OpenAI.
L’avenir de l’IA chez Apple : quelles perspectives ?
L’engagement d’Apple dans l’IA n’en est probablement qu’à ses débuts. Investir maintenant permettrait d’intégrer l’intelligence artificielle plus profondément dans les usages quotidiens de ses produits.
La stratégie n’est pas homogène partout dans le monde. Apple devra recourir à des modèles non-Google dans des pays comme la Chine, où les règles locales excluent certains fournisseurs américains ; l’entreprise adapte déjà ses produits aux lois chinoises sur d’autres points. Cette contrainte géographique explique en partie pourquoi Apple garde plusieurs partenaires IA en parallèle plutôt que de tout miser sur un seul fournisseur : Anthropic en interne, Google pour Siri, OpenAI pour une partie d’Apple Intelligence.
Voici quelques voies qu’Apple pourrait emprunter pour amplifier cette influence :
- Simplifier les interfaces homme-machine, en réduisant le nombre d’étapes nécessaires pour accomplir une tâche.
- Construire une infrastructure logicielle capable d’intégrer différents modèles de machine learning selon les besoins.
- Personnaliser les réglages en temps réel à partir des données remontées par les appareils connectés.
Vers un Siri multi-modèles avec l’extension iOS 27
L’idée serait que chaque produit Apple devienne une extension naturelle des gestes et des habitudes de son utilisateur, avec des systèmes qui apprennent en continu plutôt que d’exiger un réglage manuel à chaque usage.
La bêta développeur d’iOS 27 confirme cette direction : un nouveau framework Extensions permettrait aux utilisateurs de choisir eux-mêmes le modèle qui répond dans Siri, entre ChatGPT, Claude et Gemini. Apple avait déjà annoncé vouloir laisser ce choix à l’avenir ; le code retrouvé dans la bêta suggère que le chantier est plus avancé qu’annoncé. Changer de modèle d’IA sur un iPhone pourrait devenir aussi simple que changer de moteur de recherche par défaut dans Safari.
Est-ce un pari risqué pour Apple ?
Cette approche comporte des risques. L’accueil du grand public reste incertain, tout comme les implications en matière de vie privée et de sécurité, deux sujets sur lesquels Apple a construit une bonne partie de son image de marque.
Apple mise sur sa réputation de contrôle et de transparence pour rassurer les utilisateurs méfiants. L’entreprise a construit son image sur le traitement des données en local, un argument qu’elle pourrait mettre en avant même en s’appuyant sur des modèles tiers comme Claude ou Gemini. Le refus face aux exigences d’Anthropic donne une idée de sa marge de négociation : Apple verse déjà 20 milliards de dollars par an à Google pour rester moteur de recherche par défaut sur iPhone, une somme sans rapport avec le milliard annuel évoqué pour Gemini dans Siri.
Resserrer les liens entre créateurs et utilisateurs
Exploiter le potentiel de l’intelligence artificielle demande un équilibre entre liberté de création et responsabilité. Apple devra à la fois tirer parti des opportunités offertes par ces technologies et rassurer les utilisateurs qui restent méfiants devant l’inconnu.
Les créateurs qui travaillent sur les plateformes Apple sont déjà concernés par ces choix techniques : une partie des nouvelles fonctions IA du bundle Creator Studio s’appuie sur OpenAI, pas sur Claude ni sur Gemini, signe que l’écosystème IA d’Apple restera composite plutôt qu’unifié autour d’un seul partenaire.