Google déploie actuellement en phase beta une fonctionnalité baptisée « Import AI Chats » qui permet aux utilisateurs de Gemini d’importer leurs historiques de conversations depuis ChatGPT, Claude ou Microsoft Copilot. L’objectif est simple : faciliter la migration des utilisateurs vers la plateforme d’intelligence artificielle de Google en éliminant l’une des frictions majeures au changement d’assistant IA. Le principe tient en trois étapes. Concrètement, vous exportez vos échanges depuis votre plateforme actuelle, vous téléversez le fichier obtenu dans Gemini et vous retrouvez l’intégralité du contexte de vos conversations passées. De nombreux utilisateurs hésitent à changer d’outil par crainte de perdre des mois de prompts affinés et de contexte accumulé ; cette fonction répond directement à ce frein.
Comment fonctionne le transfert de conversations vers Gemini
Le processus de transfert de conversations repose sur un mécanisme d’import en trois étapes. Vous devez d’abord exporter vos conversations depuis la plateforme source comme ChatGPT, Claude ou Copilot. Ces services proposent généralement une option d’export dans les paramètres de compte, qui génère un fichier archive contenant l’historique complet de vos échanges. Une fois ce fichier téléchargé sur votre machine, vous accédez à Gemini et cliquez sur le menu des pièces jointes où apparaît désormais l’option « Import AI Chats » marquée du label beta. Vous sélectionnez le fichier d’export et Gemini traite les données pour recréer le contexte conversationnel.
Selon les informations relayées par Android Police et Digital Trends, cette fonctionnalité préserve l’intégralité du contexte des conversations importées. Gemini peut donc s’appuyer sur les échanges antérieurs pour maintenir une continuité dans les réponses fournies, presque comme si ces conversations avaient été menées sur sa propre plateforme dès le départ. Depuis, le déploiement a dépassé le stade de la beta fermée : fin mars 2026, Google a confirmé l’ouverture progressive de l’outil à l’ensemble des comptes Gemini grand public, sous Paramètres (PCWorld, 2026).
Quelles plateformes d’IA sont compatibles avec l’import
La fonctionnalité d’import ne se limite pas à ChatGPT. Google a conçu cet outil pour accepter les exports de plusieurs assistants conversationnels majeurs. La liste confirmée inclut ChatGPT d’OpenAI, Claude d’Anthropic, Microsoft Copilot et potentiellement Grok de xAI. Google cherche visiblement à capter des utilisateurs issus de l’ensemble de l’écosystème des assistants IA, pas uniquement ceux qui viennent de son concurrent direct OpenAI.
| Plateforme source | Entreprise | Format d’export | Compatibilité confirmée |
|---|---|---|---|
| ChatGPT | OpenAI | Archive JSON | Oui |
| Claude | Anthropic | Archive JSON | Oui |
| Microsoft Copilot | Microsoft | Archive structurée | Oui |
| Grok | xAI | Non précisé | En cours de test |
Cette interopérabilité technique tombe au bon moment sur le plan réglementaire. La Commission européenne a ouvert en janvier 2026 une procédure dans le cadre du Digital Markets Act pour garantir que Google respecte ses obligations d’interopérabilité, notamment concernant l’accès des services tiers aux mêmes fonctionnalités que celles utilisées par Gemini. Au Royaume-Uni, la Competition and Markets Authority a également proposé des exigences de conduite incluant des mécanismes de portabilité des données.
Les limites techniques de la migration des données
L’outil d’import présente des restrictions importantes que les utilisateurs doivent connaître avant d’initier un transfert. À l’origine, la fonctionnalité se concentrait exclusivement sur l’historique conversationnel brut et laissait de côté les « mémoires » sauvegardées, ces éléments contextuels distincts que certains assistants IA stockent séparément des logs de conversation : préférences utilisateur, informations de profil, instructions personnalisées. Ce n’est plus tout à fait le cas. Fin mars 2026, Google a ajouté une seconde méthode baptisée « Import Memory », accessible depuis les paramètres Gemini : elle consiste à générer, dans l’ancien assistant, un résumé de vos préférences via un prompt fourni par Google, puis à coller ce résumé directement dans Gemini (Generation Digital, 2026). Le transfert d’historique complet par fichier ZIP reste, lui, une démarche séparée.
Le format et la structure des conversations importées peuvent aussi subir des ajustements. Chaque plateforme d’IA utilise son propre système de formatage pour structurer les échanges, inclure les métadonnées temporelles ou gérer les pièces jointes. Gemini doit donc interpréter et reconvertir ces données dans son format propriétaire, ce qui peut entraîner des pertes mineures de mise en forme ou de métadonnées secondaires. Deux limites concrètes s’ajoutent depuis l’élargissement du rollout : l’import ZIP est plafonné à 5 fichiers par jour et 5 Go par fichier, et il ne transfère que le texte. Images, fichiers projet et pièces jointes générées dans l’ancien assistant restent hors du périmètre (Generation Digital, 2026). Les utilisateurs signalent également que les conversations très volumineuses peuvent nécessiter un temps de traitement prolongé lors de l’import.
Confidentialité et utilisation des données importées
Le transfert de conversations vers Gemini soulève des questions légitimes concernant la protection des données personnelles. Google précise dans ses pages dédiées à la confidentialité de Gemini que les contenus importés intègrent l’« Activité Gemini » de l’utilisateur. Concrètement, les messages transférés peuvent être utilisés pour améliorer et entraîner les modèles d’intelligence artificielle de Google : vos anciennes conversations avec ChatGPT pourraient donc servir à affiner les capacités de Gemini.
Les sources techniques recommandent une approche prudente avant tout transfert. Digital Trends et Dataconomy conseillent de passer en revue le fichier d’export avant de l’importer, de supprimer les informations sensibles comme les identifiants personnels, les données confidentielles professionnelles ou les informations financières, et de ne conserver que les échanges réellement nécessaires pour maintenir un contexte utile. Cette précaution compte d’autant plus que, selon les politiques de Google, ces données peuvent être conservées même après suppression des conversations dans l’interface utilisateur.
Les utilisateurs européens bénéficient des protections du RGPD qui leur garantissent un droit d’accès, de rectification et de suppression de leurs données. Google doit également respecter les principes de minimisation des données et de limitation de la conservation. Avant d’effectuer un transfert massif, il est recommandé de consulter les paramètres de confidentialité de Gemini pour désactiver l’utilisation des données à des fins d’entraînement si cette option est disponible dans votre région.
Ce cadre réglementaire explique d’ailleurs pourquoi le déploiement élargi de mars 2026 reste incomplet en Europe. Le Royaume-Uni, la Suisse et l’Espace économique européen n’ont, pour l’instant, pas accès à l’import de conversations ni à l’import mémoire, très probablement en raison des exigences locales de protection des données (Generation Digital, 2026). Un utilisateur français qui voudrait migrer ses conversations ChatGPT vers Gemini aujourd’hui devrait donc patienter, ou passer par un service tiers. Autre restriction peu documentée : l’import reste réservé aux comptes Google personnels. Les comptes professionnels ou scolaires rattachés à un espace Google Workspace en sont exclus pour l’instant, ce qui limite d’autant les usages en contexte B2B, là où le besoin de continuité conversationnelle est pourtant le plus fort.
Contexte stratégique : la bataille pour capter les utilisateurs d’IA
Cette fonctionnalité d’import s’inscrit dans la concurrence féroce entre les géants de l’intelligence artificielle générative. Depuis le lancement de ChatGPT en novembre 2022, OpenAI a accumulé une base d’utilisateurs massive : environ 900 millions d’utilisateurs actifs hebdomadaires en février 2026, contre 200 millions à peine dix-huit mois plus tôt (Demandsage, 2026). Google, malgré l’intégration de Gemini dans ses services phares comme Gmail, Google Docs et Chrome, peine à convertir cette exposition en fidélité utilisateur durable.
Le principal frein identifié par les études de marché reste le « verrouillage historique » (historical lock-in). Les utilisateurs qui ont investi des mois à affiner leurs prompts, à construire des workflows conversationnels ou à accumuler du contexte projet dans un assistant IA hésitent à migrer par crainte de perdre cet investissement intellectuel. L’outil d’import de Google vise précisément à neutraliser cet avantage compétitif d’OpenAI en supprimant le coût de changement.
Google multiplie aussi les initiatives pour renforcer l’attractivité de Gemini. Le groupe a lancé en avril 2025 le protocole Agent2Agent (A2A), un standard ouvert qui permet à différents agents IA de collaborer entre eux, avant d’en confier la gouvernance à la Linux Foundation en juin de la même année (Google Developers Blog). Plus de 50 partenaires technologiques, dont Atlassian, Box, Cohere, MongoDB, PayPal et Salesforce, soutiennent ce protocole. Cette approche d’interopérabilité contraste avec l’écosystème plus fermé d’OpenAI.
Alternatives tierces et outils complémentaires
En attendant le déploiement généralisé de l’outil natif de Google, plusieurs services tiers ont émergé pour faciliter la migration entre assistants IA. Move2Gemini et ChatGPT2Gemini proposent des interfaces web qui automatisent le processus d’export depuis ChatGPT et d’import vers Gemini. Ces plateformes ajoutent parfois des fonctionnalités de filtrage ou de prétraitement des données pour optimiser la migration.
Des extensions navigateur comme AI Exporter permettent également d’exporter les conversations depuis ChatGPT, Gemini ou Claude vers des formats standards comme PDF ou Markdown. Certains professionnels qui utilisent les assistants IA pour des projets clients archivent ainsi leurs échanges dans des formats indépendants des plateformes, pour la sauvegarde autant que pour la portabilité.
La prudence reste néanmoins de mise avec ces services tiers. Confier l’historique complet de ses conversations à une plateforme externe implique de vérifier ses politiques de confidentialité, sa localisation géographique et ses pratiques de sécurité. L’outil officiel de Google présente l’avantage d’un transfert direct sans intermédiaire, même si cela implique d’accepter les conditions d’utilisation de Gemini concernant le traitement des données.
Reste que cette course à la portabilité des données change la donne pour les utilisateurs : changer d’assistant IA coûte de moins en moins cher.