IA en growth : pourquoi 80 % des marketers s’en servent comme d’un autocomplete et plafonnent

Cédric
Femme travaillant sur ordinateur dans bureau moderne
Concentration et analyse au cœur d’un espace de travail lumineux. Une professionnelle étudie des données sur écran dans un bureau contemporain.

90 % des marketeurs utilisent l’IA pour écrire des textes. Idées, brouillons, titres. La même chose, en boucle.

Ils vont plus vite. Ils ne vont pas plus loin.

C’est le paradoxe de l’IA en growth marketing en 2025 : l’adoption explose, les résultats stagnent. Pas parce que l’outil est mauvais. Parce qu’on l’utilise comme un correcteur orthographique amélioré.

Ce que font vraiment la plupart des marketers avec l’IA

Regarde les données.

Le rapport State of AI in Marketing de Jasper (500+ marketeurs, mars 2025) est brutal : 56 % des marketeurs utilisent encore l’IA de façon isolée, en mode ad hoc. Pas de processus. Pas de système. Un prompt ici, un brouillon là.

57 % pour la création de contenu. 55 % pour la génération d’idées. Social Media Examiner, en interrogeant 730 professionnels, confirme : 90 % des usages IA sont des tâches textuelles. Idées, brouillons, titres.

Pendant ce temps, seulement 29 % des marketeurs s’auto-évaluent à un niveau « avancé ». Et 51 % sont incapables de mesurer le ROI de leurs investissements IA.

Ils font plus. Ils savent moins ce que ça rapporte.

L’autocomplete de luxe : produire plus du même problème

Un marketer prend son contenu habituel. Il demande à ChatGPT de le réécrire, de générer 10 variantes, de proposer des accroches. Il publie 3 fois plus vite.

Le contenu part dans les mêmes canaux. Vers la même audience segmentée de la même façon. Avec le même modèle d’attribution bancal. L’entonnoir fuit au même endroit.

L’IA n’a pas changé la stratégie. Elle a accéléré l’exécution d’une stratégie médiocre.

Gartner l’a mesuré : 68 % des marketeurs utilisent l’IA principalement pour rédiger des posts. C’est l’usage à la plus faible valeur ajoutée. Seulement 12 % l’appliquent à des fonctions stratégiques : intelligence d’audience, analyse concurrentielle, modélisation de la demande.

Douze pour cent.

Le reste produit du contenu plus rapidement pour des tuyaux qui ne convertissent pas mieux.

Pourquoi c’est plus grave que le simple gaspillage de tokens

Il y a un effet pervers.

Quand l’IA te permet de publier 3 fois plus de contenu sans résultats proportionnels, tu en déduis que l’IA « ne marche pas vraiment ». Ou que ton secteur est trop compétitif. Ou que le growth hacking est une mode.

Tu ne réalises pas que tu as juste externalisé le mauvais travail plus efficacement.

Le problème n’est pas l’outil. C’est ce qu’on lui demande de faire.

« L’adoption est massive mais une fracture critique persiste entre ceux qui utilisent l’IA et ceux qui l’intègrent vraiment dans leurs workflows marketing. ». Rapport Jasper, mars 2025

L’écart est chiffré. Les équipes qui ont formalisé un programme IA mesurent leur ROI dans 62 % des cas. Celles qui fonctionnent en ad hoc : 38 %. Jasper le documente en 2025. Ce n’est pas une question de budget. C’est une question de posture.

Ce que font les 12 % qui ne plafonnent pas

Ils posent une question différente.

Au lieu de « Comment l’IA peut m’aider à écrire plus vite ? », ils demandent : « Où est-ce que je prends de mauvaises décisions faute de données ? » Et ils utilisent l’IA pour combler cet écart.

Analyser les signaux comportementaux pour segmenter autrement que par démographie. Synthétiser 2 000 verbatims clients pour trouver les vraies objections d’achat. Modéliser 5 scénarios de pricing avant de lancer une campagne. Lire les données de rétention et identifier le point de churn que personne n’avait vu venir.

Rien de tout ça ne ressemble à « génère-moi 10 idées de posts LinkedIn ».

Ce sont des tâches où une mauvaise décision coûte réellement de l’argent. Et où l’IA peut traiter 10 000 lignes en quelques secondes là où un analyste prendrait une semaine. La question n’est pas l’outil. C’est ce qu’on lui demande de traiter.

La question à se poser avant d’ouvrir ChatGPT

Est-ce que cette tâche est une tâche d’exécution ou une tâche de décision ?

Si c’est de l’exécution, rédiger, reformuler, adapter un format, l’IA accélère. C’est bien. Ce n’est pas suffisant.

Si c’est une décision, quelle audience cibler, quel canal prioriser, quel message teste réellement une hypothèse, l’IA peut changer le résultat. Pas juste la vitesse.

Le growth repose sur des boucles d’apprentissage : hypothèse, test, mesure, itération. L’IA peut compresser chaque étape. Elle génère 50 hypothèses là où le brainstorming d’équipe en produit 8. Elle lit un rapport de cohortes et remonte le point d’inflexion que personne n’avait cherché.

Comme autocomplete, elle accélère la production de livrables. Comme moteur analytique, elle accélère l’apprentissage.

Aller vite dans la mauvaise direction reste perdant. Changer de direction plus souvent, c’est autre chose.

Par où commencer concrètement

Prends les trois dernières décisions marketing que tu as prises. Quelle était la qualité des données sur lesquelles tu t’es appuyé ?

C’est là que l’IA manque dans la plupart des workflows. Pas dans la rédaction, là, tout le monde a déjà intégré quelque chose. Dans la phase amont : comprendre le problème, formuler la bonne hypothèse, interpréter un signal faible.

Concrètement : avant de créer du contenu, passe 20 minutes à demander à Claude, ChatGPT ou Perplexity d’analyser les 50 derniers retours clients ou les verbatims de ta dernière enquête NPS. Pas pour résumer. Pour trouver les patterns que tu n’aurais pas cherchés.

Ce que tu trouveras souvent, c’est que le problème que tu croyais résoudre avec ta stratégie content n’est pas le problème réel. L’IA ne t’aura pas écrit un article. Elle t’aura évité d’en écrire dix inutiles.

79 % des marketeurs interrogés par Social Media Examiner veulent développer des workflows d’automatisation en 2025. C’est le bon instinct. Mais automatiser des décisions médiocres plus vite, c’est toujours du surplace.

La vraie question n’est pas combien de prompts tu écris par semaine.

C’est combien de mauvaises hypothèses l’IA t’a aidé à éliminer avant que tu dépenses du budget dessus.